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Le père Moctee condamné à trois ans de prison pour abus sexuel sur mineur | Les parents de la victime : «Difficile de pardonner et d’oublier»

Le prêtre compte faire appel…

Le couperet est tombé le mercredi 9 octobre. Le père Moctee a été condamné à trois ans de prison pour abus sexuel sur mineur. La famille de la victime accueille favorablement cette décision de la magistrate Ida Dookhy-Ramburn siégeant en cour intermédiaire, même si la peine d’emprisonnement n’allège pas leur colère à cause de la gravité du délit.

«Le cœur n’a pas de rides, il n’a que des cicatrices», a dit André Gide. Voilà qui résume parfaitement l’état d’esprit de cette famille qui gardera à jamais dans son cœur la trace de la terrible blessure que lui ont infligée les agissements d’un prêtre. Même si ce dernier a été condamné pour ses actes très graves : il a été trouvé coupable et condamné à trois ans de prison pour abus sexuel sur le fils de cette famille, âgé à l’époque de 15 ans. Si le verdict de culpabilité était tombé le 22 juillet 2019, la sentence, elle, a été annoncée le mercredi 9 octobre par la magistrate Ida Dookhy-Ramburn, siégeant en cour intermédiaire. Cette dernière avait demandé une enquête sociale dans l’optique où des travaux communautaires pourraient être considérés mais finalement, le prêtre devra faire de la prison. Quoi que, clamant toujours son innocence, il compte faire appel.

 

Une démarche qui révolte les parents de la jeune victime. «Comment ce prêtre peut-il persister à nier les faits malgré le jugement de la cour et les prises de position de l’évêché et du Vatican sur son cas ? Nous, on salue la décision de la magistrate, même si elle n’allègera pas notre colère et n’effacera pas ce qu’il a fait à notre fils et à notre famille. La sentence est juste et méritée par rapport à la gravité du délit. Un prêtre est un être humain comme les autres. Si la magistrate l’avait condamné à des travaux communautaires, cela allait donner un mauvais signal», martèle la mère du jeune homme aujourd’hui âgé de 19 ans.

 

D’ailleurs, la gravité du délit est la principale raison qui a poussé la magistrate Ida Dookhy-Ramburn à condamner le père Moctee à la prison. L’affaire remonte à 2015. À l’époque, un adolescent de 15 ans, servant d’autel, accuse le père Moctee, qui officie à l’époque à Case-Noyale et Chamarel, de lui avoir fait subir des attouchements lors d’un séjour à la cure. Peu après, le prêtre est arrêté. Mais depuis, il n’a pas arrêté de nier les accusations portées contre lui.

 

Préjugés

 

Quatre ans après les faits et après la condamnation du prêtre, la victime et sa famille essaient de se reconstruire, de guérir. Même si c’est dur. «Nous sommes passés par trop d’épreuves. Nous avons toujours la foi en Dieu mais il nous sera difficile de pardonner et d’oublier. Nous pourrons peut-être pardonner à ce prêtre un jour mais nous n’allons jamais pouvoir oublier ce qu’il a fait subir à notre fils», confie cette habitante de l’Ouest. Leur chemin de croix, explique-t-elle, est aussi passé par le jugement de certaines personnes qui n’étaient pas d’accord qu’ils accusent un prêtre d’attouchements sexuels. «Ce qui nous a fait le plus de tort après les dénonciations de notre fils, c’est l’attitude de certaines personnes de notre entourage. Nous avons été victimes de beaucoup de préjugés», souligne la mère de la victime, la voix cassée par l’émotion.

 

Son époux abonde dans le même sens : «Ils étaient nombreux à nous demander des comptes car nous accusions un prêtre. Beaucoup pensent toujours d’ailleurs que le prêtre est innocent. Nous sommes passés par plusieurs temps de découragement. Mais nous n’avons jamais baissé les bras. Nous sommes restés soudés, même si ce n’était pas toujours évident. Nous n’avons jamais abandonné notre combat qui nous a fait voir le vrai visage de certains. J’ai suivi une formation où on était à 80 hommes. Ils n’étaient que trois à me soutenir.»

 

«Role model»

 

Une attitude qui a rendu les choses encore plus difficiles pour cette famille, témoigne le père : «Tousala finn fer nou konpran boukou zafer, par examp ki sann-la nou vre kamwad. Tousala res enn lexperians difisil. Zame nou pa finn ena dout kan nou garson inn rakont nou seki finn ariv li. Ena dimounn ti tret nou de fou ek dir nou kouma nou kapav salir repitasion enn mon per koumsa. Zame nou pa ti pou atann sa de la par sa mon per la me nou finn touzour krwar dan nou zanfan. Zame nou pann finn ena dout lor so temwagnaz depi premie zour.»

 

À l’époque, le prêtre était – comme tant d’autres – un role model pour ses paroissiens. Et les parents du jeune homme lui faisaient aveuglement confiance. «Nous croyions que l’amitié d’un prêtre ne pouvait qu’être bénéfique à notre fils. Nous pensions qu’il était en sécurité avec ce prêtre, c’est la raison pour laquelle nous l’avions laissé aller séjourner à la cure. Malheureusement, il n’a pas hésité à abuser de la confiance de notre fils qui en a beaucoup souffert. Après cet incident, il ne nous a rien dit mais j’ai trouvé bizarre qu’il arrête d’aller à la messe. Plus étrange encore, le prêtre passait son temps à le chercher. Peu après, notre fils a trouvé le courage de nous dire la vérité. Il était dans une souffrance énorme lorsqu’il nous a fait part de sa mésaventure. Notre enfant est marqué à vie», souligne son père. Sa famille et lui sont meurtris à jamais par toute cette affaire. «J’évite toujours de penser à ce qui aurait bien pu se produire si l’autre garçon qui était présent ce soir-là à la cure n’avait pas été là. Et je salue le courage de mon fils. Il est resté précis lors de sa déposition malgré plusieurs tentatives de la défense de le déstabiliser en cour.»

 

Pour l’immédiat, les parents de l’adolescent ne souhaitent qu’une seule chose : qu’il termine ses examens du Higher School Certificate, prévus cette année, sereinement. Ils espèrent également qu’ensuite il pourra poursuivre sa vie sans aucune séquelle de son agression grave, notamment grâce au soutien inconditionnel de Pédostop qu’ils ne finiront jamais de remercier pour les conseils, les suivis psychologiques ainsi que le soutien légal lors du procès. Sur sa page Facebook, l’association qui milite contre la pédophilie dit d’ailleurs «bravo à la victime et aux parents d’avoir eu le courage et la patience de tenir bon en poursuivant cet agresseur».

 


 

Des procédures déjà enclenchées pour faire libérer le prêtre

 

Le père Moctee est actuellement incarcéré à la prison de Grande-Rivière Nord-Ouest et ce, depuis la décision de la magistrate Ida Dookhy-Ramburn siégeant en cour intermédiaire de le condamner à trois ans de prison pour abus sexuel sur mineur. Ses hommes de loi ont déjà entamé les procédures pour le faire libérer sous caution. Ils ont également déjà donné avis d’appel de la sentence qui lui a été infligée. L’avocat Rex Stephen, qui vient de rejoindre son panel d’hommes de loi, avance qu’il y a plusieurs points d’appel. Le père Moctee juge, entre autres, la sentence trop sévère et excessive. Le religieux est également d’avis que la sentence est erronée car la version de la victime et celle de son ami ne corroborent pas.

 


 

Le cardinal Piat : «La victime et sa famille ont encore besoin de soutien, d’écoute et d’accompagnement»

 

L’évêque de Port-Louis a réagi très vite via un communiqué de presse après la décision de la justice de condamner le père Moctee à trois ans de prison. «Notre première pensée va à la victime et à sa famille. Cette sentence n’invalide en rien leur souffrance. La victime et sa famille ont encore besoin de soutien, d’écoute et d’accompagnement dans la durée. Nous sommes en pensées et en prières avec eux», souligne le cardinal Maurice Piat. Et d’ajouter : «Nous pensons également au père Moctee pour qui cette sentence est aussi une épreuve. Nous prions pour lui afin qu’il sorte grandi de cette épreuve.»

 

À l’époque, lorsque cette affaire avait éclaté, le diocèse de Port-Louis avait pris la décision d’éloigner le prêtre de sa paroisse. Le cardinal Maurice Piat avait également demandé au père Labour d’ouvrir une enquête interne. Par la suite, le cas avait été référé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, à Rome, pour avis. En 2018, cette instance avait pris la décision d’interdire au père Moctee tout ministère et tout contact avec des mineurs.

 

Dans son dernier communiqué, l’évêque de Port-Louis rappelle que le diocèse s’engage désormais à collaborer avec les autorités dans le respect de ce que prévoit la loi pour lutter contre les abus sexuels à l’encontre des enfants, quelles que soient les circonstances et ce, dans un souci de transparence totale.