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21 août 2017 03:38
D’une part, il y a le vigile. Sahib Merhossane. Ce dernier nie être l’auteur de l’assassinat de Lara Rijs. Mais de l’autre, il y a les enquêteurs qui, eux, le soupçonnent d’avoir tué la Sud-Africaine. Pourquoi ? Éléments de réponse…
Lundi 14 août, aux alentours de 15h40. Des policiers du poste de police de Grand-Baie se rendent à la villa G3, à la Résidence de Luxe, Péreybère, suite à une requête. Sur place, ils retrouvent Lara Rijs dans une mare de sang, allongée sur le dos dans son lit. La jeune femme de 34 ans, porte une lacération au cou. L’autopsie pratiquée par le médecin légiste en chef, Sudesh Kumar Gungadin, révèle qu’elle a rendu l’âme après avoir été agressée à l’arme blanche, au cou et à l’abdomen, et qu’elle a également été agressée sexuellement.
Très vite, le vigile Sahib Merhossane est arrêté. Dès le départ, les enquêteurs sont conscients qu’il ne faut pas répéter les mêmes erreurs commises dans l’affaire de l’assassinat de Michaëla Harte. Affaire toujours irrésolue jusqu’ici. C’est pourquoi plusieurs unités de la police criminelle sont engagées dans l’enquête policière, placée sous la supervision de l’ACP Reekoye du Central Criminal Investigation Department. Notammentla Criminal Investigation Division de Grand-Baie et la Major Crime Investigation Team. Le Forensic Scientific Laboratory (FSL) et le Scene of Crime Office ont également été sollicités.
L’ACP Reekoye et ses hommes pensent tenir le bon bout en procédant à l’arrestation du suspect principal, Sahib Merhossane. Ce dernier a comparu devant le tribunal de Pamplemousses, le mardi 15 août, sous une charge provisoire d’assassinat. Cet habitant de Plaine-des-Roches, âgé de 54 ans, travaille comme vigile à la Résidence de Luxe. La police dispose de plusieurs éléments qui l’incriminent, bien que le principal concerné, sur qui pèse une charge provisoire d’assassinat, nie les faits qui lui sont reprochés. D’ailleurs, Sahib Merhossane a déjà été interrogé par les enquêteurs mais n’aurait pu s’expliquer sur certains éléments qui le mettent en cause.
Notamment son absence à son poste pendant plus d’une heure dans la nuit du dimanche 13 août, soit le soir du crime. Sahib Merhossane explique, lui, qu’il a pris son service à 18 heures ce jour-là. Vers 22h50, deux véhicules sont entrés dans la Résidence de Luxe : la voiture de la victime, conduite par un homme, et une autre conduite par une femme. Tous revenaient d’une fête à «two minutes drive» de la Résidence de Luxe, comme explique l’un d’eux, interrogé par la police. Une soirée privée à laquelle se trouvaient uniquement des Sud-Africains. Lara Rijs, elle, avait bu quelques verres. Raison pour laquelle elle a préféré ne pas se mettre au volant.
Une fois à la Résidence très sécurisée – un grand mur entoure le complexe et une énorme porte blindée donne accès à l’intérieur –, Sahib Merhossane se dirige vers la Sud-Africaine, comme l’indiquent les images des caméras CCTV visionnées à plusieurs reprises, et l’aide à retrouver sa chambre avant de retourner à son poste cinq minutes plus tard. Ce que nie le suspect dans sa déposition. Lui assure être resté en poste jusqu’à 4h30. Heure à laquelle un collègue aurait pris le relais.
Sahib Merhossane avance avoir terminé son service une heure plus tard, avant de rentrer chez lui à Plaine-des-Roches. Cependant, la police dispose d’un témoignage contredisant cette version. Un chauffeur de taxi dit être venu récupérer une cliente habitant un des appartements peu après 22h55. Selon ses dires, le vigile n’était pas à son poste à ce moment-là. Le taximan raconte être revenu de sa course une heure plus tard et dit avoir constaté qu’il n’y avait toujours pas de gardien de sécurité en poste. Des propos confirmés par sa cliente et par les images des caméras CCTV.
Sur ces mêmes images, l’on voit le vigile fouiller la voiture de la victime à deux reprises. Les limiers le suspectent d’avoir emprunté des allées non couvertes par les caméras de surveillance pour se rendre discrètement dans l’appartement de la Sud-Africaine par la suite. Était-ce pour abuser d’elle et la tuer ensuite ? Mystère. Car, pour l’heure, le vigile nie cet assassinat. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il est ensuite retourné à son poste peu avant 2 heures.
Les enquêteurs n’ont cependant pas encore retrouvé l’arme du crime. Un objet qui serait déterminant à cause des empreintes digitales. En attendant, la police a effectué deux descentes au domicile du suspect, le lundi 14 août, après son arrestation, et le jeudi 17 août. Sur place, Sahib Merhossane leur a fourni les vêtements et les autres objets qu’il avait sur lui le soir du drame. Des objets que la police n’a pas voulu divulguer pour ne pas pervertir le cours de l’enquête. Nous avons toutefois appris que des gouttes de sang ont été retrouvées sur les chaussures que portait le suspect le soir fatidique. Cette importante pièce à conviction a été envoyée au FSL pour des analyses.
Les enquêteurs ont également effectué une battue dans les environs de la Résidence de Luxe, le mardi 15 août, lors de laquelle ils ont retrouvé le cellulaire et les sous-vêtements de la victime. Ces deux autres pièces à conviction ont également été envoyées au FSL pour les besoins de l’enquête. Le même jour, dans l’après-midi, un bout d’ongle a été découvert dans l’appartement de la victime. La police scientifique effectuait alors des prélèvements en présence du suspect lorsqu’un enquêteur a remarqué que ce dernier tentait de dissimuler cet élément. Cette autre importante pièce à conviction a été retenue pour des tests ADN dont les résultats sont déterminants pour la suite de l’enquête.
Ceux-ci sont attendus dans quelques jours, indique une source policière aux Casernes centrales. Une autre source souligne, elle, que, pour l’heure, Sahib Merhossane est toujours présumé innocent. Il sera fixé sur son sort à la fin de l’enquête policière, lorsque le dossier sera envoyé au bureau du Directeur des poursuites publiques pour la marche à suivre. À ce jour, le suspect continue de clamer son innocence, soutenu par son avocat Ravi Rutnah (voir hors-texte).
Mais le passé du suspect ne joue pas en sa faveur. Sahib Merhossane, ancien laboureur, travaille comme vigile depuis quelques mois seulement. Auparavant, il a eu des démêlés avec la justice. Il y a quatre ans, il avait été arrêté à deux reprises pour agression, dont l’une commise à l’arme blanche. Il était accusé d’avoir sectionné trois doigts d’un homme avec un sabre lors d’une bagarre. Il a dû fournir une caution après avoir passé quelques jours en détention. Sahib Merhossane a également été arrêté après avoir agressé un fonctionnaire. Dans cette affaire, la Cour l’a condamné à deux années de bonne conduite.
Cette fois, il est suspecté d’avoir tué Lara Rijs, bien qu’il nie les faits qui lui sont reprochés. Quoi qu’il en soit, une jeune femme «promise à un bel avenir» a perdu la vie de façon atroce. Laissant derrière elle des proches encore sous le choc.
Il est 15h30, le jeudi 17 août, lorsque les proches de Lara Rijs et leur avocat montent les escaliers menant au bureau du commissaire de police Mario Nobin. Peu après, la mère, le père, le jumeau, la sœur et deux autres proches de la jeune femme sont rejoints par l’ACP Reekoye, patron du CCID, l’ASP Gerard, responsable de la MCIT, et l’ACP Seebah, le Northern Divisional Commander. Les visages sont crispés. Trente minutes plus tard, les mines sont plus détendues. Car le commissaire de police a tenu à assurer la famille de la victime que l’enquête sera menée en toute transparence.
Dans un troisième communiqué de presse émis par les proches de Lara Rijs, ces derniers, qui sont arrivés à Maurice le mercredi 16 août, semblent en effet rassurés. «À notre demande, le commissaire de police nous a reçus en compagnie de notre avocat. Nous le remercions pour cette rencontre qui était notre première avec les autorités locales. C’était une rencontre à titre informatif afin que nous comprenions le fonctionnement de l’enquête en cours. Nous réitérons notre foi dans les autorités locales pour qu’elles fassent la lumière sur les circonstances entourant le décès de Lara.» S’ils semblent faire confiance à la police mauricienne, les proches de Lara sont toujours affligés par ce terrible drame. Comme en témoigne leur premier communiqué : «C’est avec beaucoup de peine que la famille de Lara Rijs a appris la nouvelle de son décès. Nous nous tenons à la disposition des autorités mauriciennes pour les aider dans leur enquête. Nous demandons toutefois aux membres de la presse de respecter notre intimité et notre silence dans ces moments de peine.»
Elle était une battante et aimait relever des défis. C’est le souvenir qu’une de ses amies garde de Lara Rijs. «Elle croquait la vie à pleines dents. Elle était promise à un bel avenir. Lara ne méritait pas une mort atroce.» Lara Rijs, une Sud-Africaine qui détient également la nationalité néerlandaise, est arrivée à Maurice le 29 avril après sa prise de fonction comme Operations Manager au Geneva Management Group, à Port-Louis – son permis de travail expire le 20 juin 2020. Auparavant, la jeune femme de 34 ans a travaillé pendant trois ans au sein de l’Eden Island Development Company aux Seychelles.
Avant de se lancer dans le monde du travail, Lara Rijs a notamment étudié à la Rhodes University, en Afrique du Sud. Celle qui est détentrice d’un diplôme en commerce ou encore en Business Management n’a que 22 ans lorsqu’elle prend de l’emploi à la Standard Bank. S’ensuivront des passages à l’Absa, la branche sud-africaine de la Barclays ; à l’Investec Wealth and Investment Uk, à Genève ; à la Royal Bank of Canada ; puis aux Seychelles. «Lara a été fauchée en pleine jeunesse. Elle était une véritable aventurière, une globe-trotteuse. Elle va beaucoup nous manquer», confie notre interlocutrice. Nombreux sont ceux à avoir rendu hommage à la victime sur les réseaux sociaux. Certains la décrivent comme étant une personne gentille et amicale. D’autres disent qu’elle avait le sourire facile. D’autres encore la décrivent comme une personne respectueuse de ses collègues, une vraie professionnelle. D’ailleurs, Lara Rijs était proche de ses anciens collègues de l’Eden Island Development Company, aux Seychelles. Elle envisageait d’ailleurs de les revoir l’année prochaine, lors de ses vacances dans l’archipel. Le destin en a cependant décidé autrement.
L’avocat parlementaire a tenu à assurer la défense de Sahib Merhossane gratuitement. Ce, après avoir entendu l’appel de l’épouse de ce dernier dans la presse. Ravi Rutnah, Deputy Chief Whip du gouvernement n’a pas tardé à faire parler la poudre comme dans l’affaire Michaëla Harte où il assurait la défense du suspect Avinash Treebhowon, conjointement avec son confrère Sanjeev Teeluckdharry. «La police a voulu forcer mon client à avouer ce crime, alors qu’il ne l’a pas commis. Il a été brutalisé par des policiers en civil à trois reprises», dit-il dans une correspondance qu’il a adressée au commissaire de police.
Selon ses dires, Sahib Merhossane aurait été malmené, le lundi 14 août, dans les locaux de la CID de Grand-Baie. Il aurait également été brutalisé les 15 et 16 août au bureau de la MCIT, aux Casernes centrales. Ce que nie un préposé aux Casernes centrales. L’homme de loi demande à Mario Nobin de retirer cette enquête des mains des enquêteurs de cette unité. Et d’ajouter que son client compte faire une plainte au bureau de la Commission nationale des droits de l’homme.
Ravi Rutnah souligne, en outre, que son client est très perturbé et se plaint de ne plus entendre d’une oreille après avoir été victime de violences physiques. L’avocat souhaite ainsi que Sahib Merhossane soit examiné par un médecin du privé.
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