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Moi, gay et mes rêves pour mon île

Ce sont souvent les gens qui sont dans votre famille et votre cercle d’amis qui vous font le plus de mal”, confie Bryan Magon.

Alors que le monde a observé, le jeudi 16 mai, la Journée internationale du vivre-ensemble et le vendredi 17 mai, celle contre l’homophobie, alors que le Collectif Arc-en-Ciel a annoncé La Marche pour l’Égalité pour le 15 juin, des personnes de la communauté LGBTQI nous confient ce qu’elles voudraient comme changements à Maurice pour que tous puissent vivre en paix…

Ils ont un souhait… Ils rêvent d’une île Maurice sans discrimination, sans harcèlement et sans stigmatisation. D’un pays où chacun aura sa place, peu importe son orientation sexuelle et son identité de genre. D’une République où les droits de tous les citoyens seront respectés et où l’égalité des chances primera. D’une nation arc-en-ciel où tout le monde sera libre d’aimer qui il veut. D’une île sans haine, sans préjugés et où la peur ne régnera pas…

 

Eux, ce sont les membres de la communauté LGBTQI (lesbienne, gay, bisexuel, transgenre, queer, intersexe) qui, même si les mentalités ont changé à certains niveaux, continuent toujours de se battre pour qu’ils n’aient plus à se cacher, pour qu’ils n’aient plus honte de ce qu’ils sont. Comme ces deux jeunes femmes, dont l’histoire a été racontée dans les journaux et qui ont été victimes, il y a trois semaines, d’actes d’homophobie et de violence de la part de leur famille, à tel point qu’elles ont dû faire appel au Collectif Arc-en-Ciel pour leur venir en aide, ils sont nombreux à avoir vécu des situations difficiles à cause de leur sexualité.

 

Ce n’est pas Bryan Magon, 27 ans, qui dira le contraire. Les regards et remarques désagréables, il les a connus tout simplement parce qu’il était différent dans sa sexualité. Mais heureusement qu’il a pu compter sur l’amour pour avancer. Aujourd’hui, c’est en France, auprès de Paul, qu’il a épousé en 2015, qu’il construit sa nouvelle vie. «Je suis conscient que ma vie n’aurait pas du tout été la même si je vivais toujours à Maurice. Déjà, je n’aurais pas été marié. Hélas, les mentalités n’ont pas évolué et je pense que si j’y vivais toujours, j’aurais été malheureux parce qu’il y aurait toujours eu quelqu’un pour se moquer, critiquer  et  balancer des insultes. Malheureusement, ce sont souvent les gens qui sont dans votre famille et votre cercle d’amis qui vous font le plus de mal.»

 

Même s’il est aujourd’hui loin de ses proches et de sa terre natale, le fait de vivre dans un pays où les lois existent pour tout le monde lui permet d’être heureux et en phase avec lui-même : «Je suis bien auprès de mon époux. J’ai des hauts et des bas dans ma vie de couple, comme c’est le cas pour beaucoup de monde, j’ai une maison et un boulot, j’ai des droits… Bref, je vis librement et j’assume à 100 % qui je suis. La France est vraiment un pays d’adoption pour moi parce qu’ici, je peux être moi sans jugement. Si quelqu’un ne vous respecte pas, vous agresse ou vous insulte, il aura affaire à la justice. Les lois sont pour tout le monde, que l’on soit hétéro, gay, noir ou blanc.»

 

«Que chacun puisse vivre sa vie»

 

C’est avec beaucoup d’attention, tout en ayant mal au cœur, qu’il a vécu tout le tapage autour de l’annulation de La Marche des Fiertés l’année dernière, sous la pression d’un groupe de manifestants qui était contre ce que beaucoup considèrent comme la gay pride : «J’étais outré et ça m’a fait mal de constater que les lois n’ont pas été appliquées comme cela devrait l’être.» Ce qu’il souhaite pour son pays, c’est que les choses changent enfin : «S’il y avait une loi protégeant les personnes de la communauté LGBT, les gens auraient été forcés de nous respecter, même s’ils ne sont pas d’accord. Il est temps que les gens vivent avec leur temps. Pour améliorer la situation, je rêve que les lois changent pour que chacun puisse vivre sa vie.»

 

Bien qu’il vive dans un autre pays, Bryan ne peut s’empêcher de penser à ceux et celles qui sont actuellement tourmentés parce qu’ils ne peuvent pas être eux-mêmes : «Ce n’est pas facile mais il faut s’accrocher. C’est souvent au sein des familles que ça pose le plus problème et c’est compliqué mais il y a toujours une issue. Il faut juste la chercher et arrêter de penser aux qu’en-dira-t-on. Même si vous allez perdre des proches, dites-vous que vous rencontrerez des milliers d’autres. On n’a qu’une seule vie. Il faut que tous puissent la vivre pleinement et faire en sorte que demain soit meilleur.»

 

Ce rêve, Vincent Brousse de Gersigny, un Mauricien aujourd’hui installé aux États-Unis, le partage aussi. Il souhaite voir un jour des changements autour des droits des personnes de la communauté LGBT QI dans son pays natal. «J’ai dû partir de mon pays il y a environ 26 ans. La seule raison qui m’a fait quitter mon île, c’est ma situation d’homosexuel et le fait que je n’avais pas la possibilité d’avoir la moindre vie émotionnelle. C’était en 1993. En mon temps, c’était carrément impossible d’être gay ouvertement dans le pays. La seule solution était de partir», confie celui qui est marié à Jonathan depuis 26 ans. 

 

Pour lui, c’est l’éducation qui est la clé de tout : «Ce qu’il faut à tout prix, c’est que la presse devienne un outil essentiel afin de faire l’éducation d’une population qui est encore à mille lieues de la réalité mais qui est juste sous l’influence d’une ancienne analyse faite carrément d’absolue ignorance ! Le terme ‘‘homosexualité = normal’’ doit être géré par la presse sur une base aussi régulière que possible. Que ce ne soit pas du ‘‘missionariat’’ mais simplement l’éducation de la population qui, si j’ai bien compris, ne connaît rien de cette réalité, si ce n’est l’analyse complètement fausse des religions bien installées à Maurice. C’est sans doute un travail monumental mais essentiel.»

 

Dans son pays d’adoption, Vincent se sent bien dans sa peau : «J’assume totalement ma réalité et je n’ai pas peur de l’ignorance et des préjugés de mes compatriotes. Dans de grandes villes cosmopolites et super peuplées, la communauté gay ne peut pas se plaindre de son traitement. Selon moi, elle est libre à 100 %. Elle est aussi respectée par la majorité. Être gay n’est absolument pas un problème.» Il a un souhait : que cela soit aussi un jour le cas pour sa petite île, chère à son cœur…

 


 

 

Maneesh Gobin, Attorney General : «Nous devons avoir un consensus dans le pays»

 

Comme il a été annoncé, l’année dernière, que la loi criminalisant la sodomie sera revue, nous avons sollicité Maneesh Gobin, Attorney General, pour savoir de ce qu’il en est de cette annonce. «Je regarde le problème comme un problème de droits humains. Et cela, je l’ai dit à Genève mais également à Maurice lors d’un open seminar organisé par la Commission des droits humains et l’Union européenne et mon bureau. Je réitère cette position selon laquelle l’article 250 du Code pénal sur la criminalisation de la sodomie doit être revu. Les spécificités de la société mauricienne sont telles que nous devons avoir un consensus dans le pays et la question de changement dans la législation suivra. C’est un travail qui concerne plusieurs institutions. Il y a les ONG et il y a le judiciaire. Nous avons eu la visite de l’ancien chef juge de l’Inde et il y avait, en ce sens, un symposium à l’Université de Maurice. Ces actions vont dans le sens du changement mais ça ne va pas se faire sans un consensus.»
 

 


 

Muriel Yvon du Collectif Arc-en-Ciel : «Trop de personnes sont encore honteuses»

 

 

Le monde, comme Maurice, a observé, le vendredi 17 mai, la Journée internationale contre l’homophobie. Quel constat faites-vous de la situation à Maurice, quand on sait qu’il y a quelques semaines encore, deux jeunes femmes, y compris deux membres du collectif, ont été victimes d’actes d’homophobie ?

 

Il y a toujours de l’homophobie à Maurice. Trop de personnes sont encore honteuses de leur orientation sexuelle et de leur identité/expression de genre, et n’osent pas se plaindre et dénoncer ces actes. Je les invite à venir nous rencontrer pour en parler. Nous avons une batterie de services pour les aider : counselling, aide psychologique, aide juridique. Je tiens aussi à préciser qu’aucune loi mauricienne ne protège contre les actes homophobes et les discours haineux, et que cela reste un de nos axes prioritaires de plaidoyer.

 

À l’approche du Pride Month, les personnes de la communauté LGBT QI sont nombreuses à se demander ce qu’il en sera de la Marche des Fiertés cette année, surtout après l’annulation de celle de l’année dernière. Comment s’annonce l’édition 2019 ?

 

Nous avons collaboré avec les autorités compétentes pour que la marche se passe dans les meilleures conditions et nous avons confiance que la police fera tout le nécessaire pour cela. De notre côté, dans une volonté d’apaisement, nous avons volontairement décalé la date de la marche au 15 juin, à 14 heures,  au Jardin de la Compagnie, afin d’éviter une date correspondant à une manifestation religieuse. Je tiens à préciser que La Marche pour l’Égalité est une marche pour une conquête de droit. Encore trop de Mauriciens sont discriminés, souffrent en silence, sont harcelés et violentés en raison de ce qu’ils sont. Il faut que ce moment soit, certes, un moment de fierté, mais surtout un moment de revendications pour un État mauricien plus inclusif et protecteur de tous ses citoyens en dépit de leur(s) différence(s). J’invite donc tous les Mauriciens et Mauriciennes à venir nous rejoindre afin, qu’ensemble, nous bâtissions une société qui est à même d’accepter tous ses membres.

 


 

 

Najeeb Ahmad Fokeerbux, Young Queer Alliance : «Tout le monde a sa place…»

 

 

C’est avec satisfaction qu’il a accueilli la date du 15 juin pour La Marche de l’Égalité. «Étant dans un pays multiculturel avec plusieurs sensibilités, je trouve très bien que le Collectif Arc-en-Ciel ait choisi de bouger la date de la marche pour ne froisser aucune composante de la population», confie Najeeb Ahmad Fokeerbux de Young Queer Alliance. «Tout le monde a sa place dans notre société. La marche aura lieu et c’est très bien. Le combat de la communauté LGBT doit continuer à avancer. Bien que cette année, il n’y aura pas de démonstrations avec des couleurs comme les précédentes, j’espère toutefois qu’on verra la diversité de la communauté LGBT lors de la marche. C’est une communauté diverse. Qu’elle soit visible ce jour-là !»

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