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Nicolas Soopramanien : «Il faudrait mettre à profit le Student Council pour savoir ce qui se passe dans nos collèges»

Nicolas Soopramanien : «Il faudrait mettre à profit le Student Council pour savoir ce qui se passe dans nos collèges»

Des vidéos qui circulent et qui montrent de jeunes étudiants qui se battent entre eux, alors qu’une autre montre un enseignant qui a du mal à se faire respecter en classe. Qu’est-ce qui se passe dans nos institutions scolaires ? Parole à Nicolas Soopramanien, psychologue clinicien et président de la Société des Professionnels en Psychologie-Maurice (spp-maurice.com) qui nous donne son avis sur la situation.

Depuis quelques jours, plusieurs vidéos circulent sur les réseaux sociaux et montrent des collégiens qui se disputent, se battent et menacent même leurs enseignants. Quelle lecture faites-vous de ces incidents ?

 

Je constate que ces incidents vont en s’augmentant. Il faut penser à des mesures et stratégies à mettre en place pour faire reculer cette tendance où l’on voit des jeunes, des collégiens, impliqués dans des scènes de violence et qui utilisent un langage inapproprié. Tous les partenaires sociaux et ceux qui sont dans le domaine éducatif doivent regarder les choses en face.

 

Il faut reconnaître qu’il y a un problème et non pas se dire encore et encore que tout ce qui arrive est la faute de l’autre. Si chacun continue à s’accuser mutuellement, le problème ne sera jamais résolu. Il y a comme un phénomène de voyeurisme qui gagne du terrain. Il semblerait que notre société se réjouit et prend du plaisir à visualiser et à partager les vidéos qui circulent sur le Net. Et les jeunes sont en première ligne de ce problème, étant très actifs sur les réseaux sociaux. On constate ainsi que certains aiment cela : filmer, poster, passer des commentaires et critiquer. Ce qui est très malsain.

 

Nous sommes tous un peu responsables de ce qui se passe actuellement avec cette habitude de mettre tout et n’importe quoi sur le Net et de faire que ça devienne viral. Les gens sont bons à commenter, à critiquer. La plupart restent indifférents face au problème réel. Les gens passent ainsi plus de temps à faire des commentaires sur le Net au lieu de reconnaître que les jeunes vont mal et qu’ils n’ont plus peur de l’autorité.

 

Qu’est-ce qui explique ces agissements ?

 

Il y a définitivement un mal-être quelque part. L’éducation, déjà, à mon sens, commence dans la famille. Quelques questions se posent : il faut se demander quel temps est-ce que les parents accordent à leurs enfants. En agissant ainsi, les jeunes veulent se faire voir. On peut aussi expliquer ces agissements de par des parents qui, souvent, se rangent du côté de leurs enfants, qui croient et disent que ce sont leurs enfants qui ont raison quand l’école les informe qu’il y a un problème avec ces derniers. Du coup, nous pouvons constater qu’il y a comme une forme de passivité dans les écoles où les responsables ne semblent plus avoir d’autorité. Ils semblent craindre les jeunes.

 

Vous travaillez avec les jeunes. Vous êtes donc souvent en contact avec eux. Comment expliquent-ils ce qui se passe actuellement ?

 

Je ne peux répondre de manière générale. Mais ce qui se passe n’implique pas tous les jeunes. D’après ce que je sais, certains sont choqués. D’autres en rient et d’autres encore trouvent cela «fun». À mon sens, il faudrait peut-être initier une enquête approfondie auprès des jeunes pour essayer d’identifier le mal-être qui gagne du terrain. Il faudrait aller au cœur du problème et mettre à profit le Student Council pour savoir ce qui se passe dans nos collèges. Qui mieux qu’un jeune pour dire et identifier ce qui va et ce qui ne va pas ? Les jeunes étudiants, en voyant ce qui se passe dans les vidéos, doivent, j’en suis sûr, avoir un avis. Il faut qu’ils soient partie prenante des discussions pour arriver à trouver une solution.

 

Que faudrait-il faire, selon vous, pour renverser cette tendance ?

 

Il faut faire le point sur les systèmes scolaires qui ne marchent pas et qu’il faut, selon moi, revoir. Il semblerait que le système de mixed abilities n’ait pas fonctionné. Il ne faut pas juste pointer du doigt le gouvernement ou les enseignants.

 

Je pense aussi qu’il faudrait plus de contrôle sur l’utilisation d’Internet. C’est bien de dire que les dérapages sur Internet peuvent conduire à une peine de prison ou à des amendes mais il faut aussi éduquer et informer sur les dangers que peuvent provoquer des vidéos qui sont postées sur le Net juste pour faire le buzz.

 

Je pense aussi que la cybercrime unit doit faire des campagnes agressives et collaborer avec les médias pour conscientiser sur les risques qui existent par rapport à la diffusion de vidéos sur le Net…

 

Et les parents dans tout cela ?

 

Il faut qu’ils s’impliquent et se sentent concernés par l’éducation de leurs enfants. Pour les parents qui ne sont pas informés sur les outils informatiques, il est souhaitable qu’on les éduque sur le fonctionnement d’Internet ou encore des réseaux sociaux, sur les conséquences et risques qui existent si des vidéos sont postées sur le Net, et sur l’impact moral et psychologique que cela peut avoir. Les parents devraient être informés sur le fait qu’ils peuvent avoir un contrôle sur ce que font les enfants sur la Toile.

 

Certains parents sont soit démissionnaires dans leur rôle, soit ignorants, négligents, voire impuissants, lorsqu’il s’agit de gérer leurs enfants alors qu’ils devraient faire montre d’autorité auprès d’eux et leur montrer qu’ils tiennent à eux. Car si les jeunes avaient du respect pour leurs parents, ils n’auraient pas agi de façon négative. Car tout ce qu’un jeune fait rejaillit forcément sur ses parents.