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Pauline Verner, porte-parole du Collectif Arc-En-Ciel

13 mai 2015

Pauline Verner, Porte-parole du Collectif Arc-En-Ciel

Quelles sont les priorités du collectif pour l’année 2015-2016 ?

 

Nous venons de terminer l’exercice de notre Plan d’Orientations Stratégiques pour les trois prochaines années. Nous avons déterminé trois priorités : réduire la stigmatisation et la discrimination dont sont victimes les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres, en continuant notre travail de plaidoyer et en concentrant nos efforts sur les droits humains. Nous prévoyons également de renforcer nos services de soutien et d’accompagnement, mais aussi nos activités de prévention afin de réduire l’exclusion et la vulnérabilité. Enfin, nous espérons pouvoir accroître nos capacités en termes de prestation et de ressources humaines.

 

D’ici quelques jours – le 17 mai lors de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie –, nous fêterons nos dix ans. Àcette occasion, nous lançons une initiative à suivre sur notre site Web et sur Facebook. Nous invitons toutes les personnes désireuses de soutenir les droits humains des personnes LGBT, à rejoindre le projet. 

 

Dans quel état d’esprit est le nouveau «board» ?

 

Nous venons de renouveler notre board, de changer de présidence, redonnant ainsi un nouveau souffle au Collectif Arc-En-Ciel (CAEC). L’année 2015 a débuté très fort et tout le monde est conscient du travail à poursuivre. Nos mots d’ordre sont : motivation et implication ! Nous serons tous présents lors de la Marche des fiertés LGBT, qui se tiendra le 6 juin au Plaza, à Rose-Hill. Nous encourageons toutes les personnes LGBT et hétérosexuelles à soutenir les droits humains aux couleurs de l’arc-en-ciel.

 

Selon le dernier sondage d’Afrobarometer, réalisé par StraConsult, à Maurice, les différences ethniques sont plus facilement acceptées que les homosexuels. Qu’en pensez-vous ?

 

Je crois qu’il n’y a pas de comparaison possible. Effectivement, il s’agit d’acceptation de la différence, mais Maurice, n’est-ce pas la nation arc-en-ciel ? Quand je lis que 93 % des Mauriciens interrogés ne voient pas d’objection ou apprécieraient d’avoir un voisin d’origine ethnique différente, je ne peux que me réjouir. Ce qui m’interpelle le plus, c’est qu’en 2015, on distingue encore les «ethnies». Je pensais qu’on était tous Mauriciens ? Concernant l’acceptation à 49 % d’avoir un voisin homosexuel, je ne peux que féliciter les sondeurs d’avoir intégré une question sur l’homosexualité : si on commence à en parler, c’est un premier pas vers la reconnaissance. Et ça, c’est déjà une petite victoire !

 

Selon ce sondage, des sondés démontrent une opposition en ce qu’il s’agit d’avoir un homosexuel comme voisin. Comment faut-il interpréter cela ?

 

Si l’on résume les chiffres, 51 % des Mauriciens interrogés démontrent une opposition à avoir un voisin homosexuel. Mais 49 % n’y voient aucun inconvénient. Il est donc important que les ONG pour les droits des personnes LGBT existent et qu’une campagne de sensibilisation soit menée. Voyons le positif : ces premiers chiffres peuvent nous aider, car l’évolution des mentalités peut s’évaluer. Lorsque l’on parle de sexualité, on touche à un tabou encore très présent dans notre société traditionnelle. Il est donc, à mon sens, logique que cela se ressente dans les chiffres. Notre challenge reste présent : si nous réussissons à faire réfléchir ces 51 % de Mauriciens au sujet des droits humains fondamentaux des personnes homosexuelles, celui d’exister et d’aimer librement, alors je suis certaine que la tendance s’inversera lors du prochain sondage !

 

Pensez-vous que les mentalités peuvent évoluer ? Et comment y arriver ?

 

Tant que nous considérerons l’homosexualité sous l’angle unique de la sexualité et non sous celui de l’amour, il sera difficile de faire évoluer les mentalités. Pensons-nous aux hétérosexuels en imaginant ce qui se passe dans leur chambre à coucher ? Non, c’est du domaine du privé. L’évolution des mentalités prend du temps et l’inconnu fait peur. Notre mission est d’informer, de faire passer un message d’amour, de respect et d’acceptation, et non de recruter, comme certains ont pu le dire ! Parler des différentes orientations sexuelles dans les écoles serait une façon de permettre aux nouvelles générations d’intégrer le respect et la liberté d’autrui. C’est le meilleur chemin pour faire évoluer les mentalités !

 

Comment faire pour que les homosexuels ne fassent plus l’objet de critiques ?

 

Nous avons un devoir d’informer, de sensibiliser et surtout de démystifier l’homosexualité. Depuis notre campagne, plusieurs personnes nous ont fait part de l’évolution de leur point de vue au sujet de l’homosexualité et de la transidentité. Ce n’est pas encore gagné, mais Maurice se modernise et les mentalités vont suivre. Des critiques, il y en aura toujours. On aime bien les palabres. Mais pour que les insultes homophobes cessent, il nous faut une loi. Nous avons contacté le gouvernement en mars, mais nous n’avons pas encore été invités à présenter notre plaidoyer. Nous attendons impatiemment cette rencontre.

 


 

Ma semaine d’actu

 

Quelle actualité internationale a retenu votre attention ces derniers temps ?

 

Les injustices me révoltent. Quand on assiste au naufrage de plusieurs chalutiers en Méditerranée avec, à leur bord, des milliers de migrants qui aspirent seulement à (sur)vivre en paix, et que l’Europe s’en lave les mains, comment se regarder dans le miroir ? L’immigration des riches, on l’encourage, on s’en félicite. Ces tentatives d’immigration d’Africains échouant avant d’atteindre les rives de la grande Europe : on appelle cela des dommages collatéraux ? Enfin, je ne cesse de me demander à quel moment les grandes forces mondiales s’uniront pour libérer tous ces Nigérianes prisonnières des griffes de Boko Haram. Peut-être quand on commencera à en parler…

 

Quel est votre avis sur la relation que les Mauriciens ont avec les réseaux sociaux ?

 

Les Mauriciens sont très accros aux réseaux sociaux ! En cause, certainement la migration étudiante : nombreux sont les jeunes à partir à l’étranger faire leurs études et à revenir. Les réseaux sociaux sont alors très pratiques pour garder contact et communiquer facilement. Il y a peut-être aussi le fait qu’il n’est pas évident de se retrouver entre amis autour d’un café après le travail, par exemple. C’est dommage, car les relations virtuelles seraient rapidement remplacées à mon avis !

 

Que lisez-vous actuellement et pourquoi ?

 

Je viens de terminer L’homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle, un roman traitant de l’être humain, de ses difficultés et de ses croyances. Ce roman est très feel good : il se dévore et, en le refermant, on se sent prêt à changer le monde ! Et je relis actuellement Superman est arabe, un magnifique pamphlet de Joumana Haddad, qui s’attaque au système patriarcal sévissant dans de nombreux pays du monde, notamment dans les pays arabes. L’auteure décline les dérives de ces sociétés : machisme, discrimination, violence, privation de liberté. Celles-ci, si les femmes en sont les victimes directes, n’épargne pas non plus les hommes. Un livre militant qui fait du bien !

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