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Pluies de désespoir pour les sinistrés

30 janvier 2023

La famille Coulon : «À chaque grosse averse, on vit un cauchemar»

 

Assise sur son lit, elle a l’air pensive. Le regard dans le vague, Daniella Coulon se remet de l’émotion intense qu’elle a vécue tôt, ce vendredi 27 janvier, quand vers 5 heures du matin, une grande quantité d’eau a commencé à s’infiltrer chez elle, à Saint-Hilaire, suite aux fortes averses qui se sont abattues sur l’île.

 

Même si, entre-temps, sa famille a pu contenir les dégâts, une telle expérience ne s’oublie pas facilement. En quelques minutes, elle a vu sa maison se remplir d’une eau boueuse. Il a fallu vite réagir, sortir du sommeil, se mettre à l’abri. Conséquence de l’inondation : beaucoup de ses effets personnels sont abîmés.

 

À côté de Daniella, qui jouit d’une santé fragile, sa petite-fille : Grace Coulon. Elle aussi ne sait plus où donner de la tête. Autour d’elle, meubles, vêtements, nourritures, entre autres, s’entassent ça et là, après que chacun a essayé de protéger ce qui était possible de la montée des eaux. Sept familles, toutes apparentées, regroupant une quinzaine de membres, dont des enfants de 3 à 15 ans, vivant dans la même cour, partagent cette dure réalité : ils ont été surpris par une accumulation d’eau qui a envahi leurs maisons.

 

«À chaque grosse averse, on vit un cauchemar ! C’est quand mes oncles se sont réveillés pour se préparer à aller travailler qu’ils ont vu l’eau qui montait. À un moment, l’averse est devenue plus violente et très vite, nos maisons ont été inondées», lâche Grace, dépitée. «On doit hélas souvent faire face à cela et à chaque fois, nos meubles, matelas, denrées alimentaires et les effets des enfants, entre autres, se retrouvent sous les eaux. Une eau qui vient des champs de cannes. On s’est vite organisés pour mettre des blocs afin de parer au pire. Beaucoup de nos effets ont été abîmés. Tout cela nous affecte, sans oublier les désagréments comme les bêtes et les moustiques, la moisissure et autres», raconte Grace qui n’a pas cessé depuis, avec ses proches, d’essayer d’évacuer l’eau accumulée.

 

À vendredi soir, quand la pluie s’est calmée, la jeune femme a prié le ciel pour qu’elle ne recommence pas. «Certes, le pays a besoin d’eau mais de nombreuses familles, en l’absence d’un système de drain adéquat, font face à des inondations. Une année, on avait même dû aller trouver refuge dans un centre. Heureusement, on a le soutien du président du village qui nous vient en aide. Mais on souhaite que des solutions soient trouvées par les autorités pour qu’on n’ait pas à revivre encore ce cauchemar. Cette situation nous affecte et heureusement que jusqu’à présent, on a pu se débrouiller pour éviter le pire», conclut Grace qui craint chaque averse...

 

Et pendant ce temps, sa grand-mère Daniella est toujours pensive, secouée par le vendredi mouvementé que toute sa famille a vécu...

 

Akshay Kalkaprosand : «Tout est endommagé»

 

Il y a ce sentiment de pur panique. Cet instant où le monde n’a pour toile de fond qu’un assourdissant silence. Il ne dure que quelques millièmes de secondes, puis les choses reprennent leur place ; on passe à l’action, on essaie de trouver des solutions, on tente de ne pas laisser le découragement prendre toute la place. Akshay Kalkaprosand n’oubliera jamais ce moment ; celui où il a découvert que sa maison était sous les eaux. On est alors dans la nuit de jeudi (26 janvier) à vendredi et il est chez sa maman qui vit à l’étage. Il pleut des cordes dans le ciel de Curepipe, et partout dans l’île, mais il ne s’inquiète pas vraiment de ce qui se passe chez lui. C’est Curepipe après tout : «À un moment, ma maman m’a dit de vérifier que tout allait bien au rez-de-chaussée.»

 

Il descend et n’en croit pas ses yeux : «J’ai vu de l’eau qui était montée à hauteur de 1 pied. Je ne savais pas quoi faire, quoi protéger… Et la pluie ne s’arrêtait pas. C’est la première fois que ça arrive.» Le cauchemar ne fait alors que commencer : «Je ne vais pas mentir, quand j’ai vu ça ; sa inn tous mo leker.» Pendant plusieurs heures, il faudra lutter contre l’eau sale qui ne cesse de s’engouffrer dans la maison, voir les meubles se gonfler et se battre, impuissant : «Lit, sofa, buffet ; tout est endommagé.» Des meubles achetés tigit par tigit, avec difficulté… Une vie de sacrifice pour cette famille qui n’a même pas de réfrigérateur, tombée à l’eau.

 

Mais le pire, peut-être, vient plus tard : quand on s’aperçoit que les maigres commissions qui étaient dans la cuisine ont été emportées. Il y a eu cette pluie insidieuse, dévastatrice. Mais les choses allaient mal depuis un moment : «Kote finans, mo a zero. Je travaille pour moi-même, je suis peintre, électricien, plombier… Tout ce qui vient. Mais ces derniers temps, je n’ai pas vraiment travaillé. La situation est difficile. Mon épouse cherche du travail. C’est tout ce qu’on avait à manger.» Alors, Akshay fait un appel à l’aide au niveau «ration» (si vous souhaitez l’aider, vous pouvez le contacter sur le numéro suivant : 5458 9913).

 

S’il a pu évacuer toute l’eau de la maison (mais pas du jardin), qu’il est en train de trase pour se nourrir, il s’inquiète déjà de voir la pluie revenir en ce vendredi soir : «Mo pe gagn extra traka.» Pour l’instant, il sait qu’il enchaînera les nuits blanches en attendant que le soleil revienne.

 

Stéphanie André : «Nounn revinn a zero»

 

Pendant de nombreuses années, elle n’avait pas de domicile fixe et a souvent dû dormir dans la rue avec ses enfants. Il y a environ huit ans, Stéphanie André, 38 ans, a pu obtenir un lopin de terre de la National Empowerment Foundation (NEF) à l'avenue Pigeot, Pointe-aux-Sables, pour y vivre avec sa famille. Bien qu’elle faisait tout pour y arriver, elle avait de grandes difficultés à subvenir aux besoins de sa famille mais les pluies torrentielles qui se sont abattues sur l’île ce jeudi 26 janvier lui ont tout pris. Surpris par la soudaine montée des eaux, Stéphanie André et les siens n’ont eu d’autre choix que d’abandonner leur modeste demeure en béton et en tôle pour se réfugier à la poste de la localité. «Ce n’est pas la première inondation à laquelle nous faisons face mais celle-ci nous a tout pris. Nounn revinn a zero.»

 

Stéphanie André vivait dans sa modeste demeure avec plusieurs autres membres de sa famille : sa mère, ses deux filles de 21 et 19 ans, ses gendres, ses petits-enfants – une fille de 8 ans, un bébé de 6 mois et un nourrisson de tout juste une semaine –, son fils de 12 ans, et un homme de 30 ans souffrant de troubles mentaux qu’elle a pris sous son aile. «Nou pa ti ena bel zafer me nou ti ena enn twa lor nou latet. Depi mo res la, monn trase monn met trwa lezot lasam ek seki mo ti ena, mem si pa ti ena sali.»

 

Elle n’avait jamais voulu quitter sa demeure auparavant, bien que le toit fuyait lorsqu’il pleuvait. «Mem avan, kan ti ena lapli, li ti katastrofik. Me monn reste parski monn kas mo lekor pou resi fer sa lakaz-la.» Mais à 18 heures ce jeudi 26 janvier, le point de non-retour a été atteint : «Delo inn rant enn sel kout. Par la gras Bondie, monn resi ramas ralonz ki donn nou kouran, sinon mwa ek mo bann zanfan ti pou elektrokite. Delo-la inn ris tou. Nou pann resi ramas nanye.»

 

Grâce à une vidéo postée sur les réseaux sociaux, Stéphanie André et ses proches ont pu avoir des couvertures, quelques vêtements et de quoi manger. Elle remercie notamment le député Patrice Armance qui leur a apporté des repas chauds. Néanmoins, elle s’inquiète de l’avenir. «Kouma nou pou fer ? Kot nou pou ale kan soley revini ?»

 

Elle lance un appel au public afin qu’il lui vienne en aide pour retaper sa maison complètement détruite. «Zordi, mo pe bizin enn led. Je ne demande pas grand-chose ; seulement quelques feuilles de tôle et quelques meubles, même s’ils ne sont pas en très bon état, ainsi qu’un matelas pour les bébés. Seki mo demande, se zis enn ti twa pou mwa ek mo bann zanfan», implore la trentenaire, au bord des larmes. Elle est joignable sur le 5844 2853.

 

Doriana Ami : «Nous avons été obligés d’abandonner notre maison»

 

Elle est à bout de force et de courage. Doriana Ami, maman de quatre enfants avec qui elle vit dans une petite maison en tôle de deux pièces à Camp Delia, Pointe-aux-Piments, ne sait plus quoi faire pour que cesse ce scénario cauchemardesque à chaque fois qu’il pleut. Avec les pluies torrentielles qui se sont abattues sur le pays ces deux derniers jours, la situation est devenue invivable pour la famille qui vit déjà dans une grande précarité. «À chaque fois qu’il pleut, la maison coule mais là, avec ces grosses averses, il y a eu un gros trou dans la toiture. Nous avons perdu beaucoup de choses dont notre télé qui a brûlé. Notre lit et notre armoire avec tous nos vêtements ont pris l’eau. J’ai mis des bols et des récipients partout mais ça n’arrange rien. Tout est trempé», raconte la mère de famille, avec désespoir.

 

Dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 janvier, la famille a passé de nombreuses heures à essayer d’enlever l’eau de sa maison afin de limiter les dégâts. «L’eau s’est infiltrée partout. Nou finn tir-tire ek lamok. Nous avons pris nos livres d’école et sommes allés les quitter en vitesse chez la voisine mais nos uniformes et nos chaussures sont complètement trempés», souligne Ashvin Kevin Oozageer qui a été adopté par la famille.

 

Face à cet énième coup dur, Doriana Ami et sa famille ont été contraints d’abandonner leur maison pour trouver refuge chez sa maman. Désemparée, elle ne sait plus à quelle porte frapper pour offrir un toit plus sûr à sa famille. «Franchement, je suis découragée et désespérée. Cela fait très longtemps que j’attends pour avoir une maison de la NHDC. La NEF est venue nous voir plusieurs fois mais toujours rien. Je suis fatiguée d’attendre. Cela fait trop longtemps que nous menons une vie pareille. Notre maison est dans un état déplorable. C’est comme si nous vivions à la belle étoile.»

 

En attendant d’avoir un meilleur endroit où vivre, cette mère de famille lance un appel pour recevoir de l’aide. «Nous avons besoin de réparer la toiture au plus vite et avons besoin de n’importe quelle aide que les gens veulent bien nous offrir, principalement pour les enfants qui ont besoin d’aller à l’école.» L’appel est lancé. Ceux qui souhaitent venir en aide à cette famille d’une manière ou d’une autre peuvent contacter Doriana Ami directement sur le 5970 2385.

 

Textes : Elodie Dalloo, Amy Kamanah-Murday, Yvonne Stephen et Christophe Karghoo

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