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25 août 2021 17:44
L’une s’appelle Sooba, l’autre Vima. Et toutes deux pleurent amèrement le décès de celui qu’elles aimaient de tout leur coeur. Quand nous les rencontrons le jeudi 19 août, toutes deux ont les traits tirés, les yeux boursouflés, le regard noyé de tristesse. L’image même de la détresse. Plus tôt ce jour-là, ont eu lieu les funérailles de Ravind Joypaul, fils de Sooba et compagnon de Vima. Cet homme de 38 ans est mort dans des circonstances tragiques la veille. Il opérait un excavateur au Beemanique Stone Crusher, sur un site connu sous le nom de Montayn Kas Ros, lorsqu’une grosse pierre s’est décrochée d’en haut et a atterri sur la cabine de son engin. Ravind a été piégé dans l’appareil qui se trouvait à une quinzaine de mètres au-dessous du niveau du sol. Des policiers du poste de police de Nouvelle-France et des pompiers affectés au Curepipe Fire Service se sont aussitôt rendus sur place.
Ils ont extirpé Ravind Joypaul, grièvement blessé, de l’engin pour le transporter au bureau de Beemanique Stone Crusher mais à son arrivée sur place, le personnel du Samu n’a pu que constater son décès. La dépouille de Ravind Joypaul se trouvait déjà à la morgue de l’hôpital de Rose-Belle lorsque les membres de sa famille ont appris la terrible nouvelle. Sa dépouille a, par la suite, été transportée à Candos pour les besoins d’une autopsie. Dans son rapport, le Dr Sunassee, Police Medical Officer, indique que le trentenaire a succombé à une «crush dislocation of spinal cord».
Depuis le drame, les proches de Ravind Joypaul sont anéantis. Quand Vimla ouvre la bouche pour parler de ce qui est arrivé, sa voix est à peine audible et les mots lui manquent. «Zame nou ti pou atann pou ariv Ravind enn zafer koumsa», confie-t-elle, bouleversée. À ses côtés, Sooba est tout aussi affligée par ce deuil aussi brutal que soudain. Et dire que ce jour-là, elle avait senti quelque chose. «Mo ti dir mo garson pa al travay sa zour-la. Mo disan ti pe fini dir mwa ki pou ariv li kitsoz», lâche-t-elle, les larmes aux yeux. Mais son fils est quand même parti travailler car il était le seul à faire bouillir la marmite à la maison. «Linn dir mwa : ki pou fer, ena travay, bizin ale pou nou manze.» Lorsque le transport est passé le prendre à 5h45 à la NHDC de Nouvelle-France, où ils habitent, c’est avec le cœur gros qu’elle l’a regardé partir. C’était la dernière fois que Sooba voyait son fils vivant. Vers 14 heures, sa belle-fille Vima et elle ont appris la terrible nouvelle.
Ravind était le benjamin de sa famille mais, selon sa mère, il en était le pilier. Il travaillait dur pour nourrir les siens. Il vivait avec sa compagne, sa fille de bientôt 12 ans qui fréquente une institution spécialisée pour les enfants et les adolescents ayant une déficience mentale, sa mère Sooba et son frère aîné, un alcoolique qui collectionne les petits boulots. Sa soeur cadette est mariée et n’habite pas avec eux. «Ravind mem ki ti pe amenn kas dan lakaz», affirme Sooba.
Ce n’est pas Vima qui dira le contraire. En plus d’avoir perdu l’homme qu’elle aimait et dont elle partageait la vie depuis plusieurs années, elle se retrouve désormais avec des dettes. «Je ne sais pas comment je vais faire. Nous sommes ensemble depuis 13 ans mais nous ne sommes pas mariés civilement. Mon beau-frère a dû emprunter de l’argent pour organiser les funérailles. Je ne sais pas comment je vais faire pour le rembourser», confie Vima qui devra également prendre soin de sa fille sans le soutien de Ravind. Elle explique que son compagnon avait repris du service au Beemanique Stone Crusher 11 jours avant le drame. «Li ti deza travay laba avan. Apre li ti pe fer souder me travay inn vinn difisil akoz corona. Lerla linn retourn travay laba. Si nou ti kone pou ariv li enn zafer koumsa, zame nou ti pou les li repran sa travay-la. Mo dimann Bondie boukou kouraz. Mo mari ousi ti mor dan enn aksidan motosiklet inn gagn 24 an», raconte Sooba.
Sa belle-mère et elle comptent désormais sur la police pour connaître les circonstances du drame. «Nous ignorons toujours ce qui a pu provoquer cet accident qui s’est avéré fatal pour mon compagnon», lance Vima. La police a déjà recueilli la déposition du Site Manager, Sanjeev Bhoyroo, pour les besoins de l’enquête. Le ministère du travail a aussi initié une enquête pour faire la lumière sur cette affaire qui bouleverse terriblement toute une famille.
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