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Suttyhudeo Tengur : «Il faut une école de métiers et d’arts pour que certains élèves puissent se réinventer»

Une semaine déjà depuis la grande rentrée scolaire 2020… Suttyhudeo Tengur, négociateur à la Government Hindi Teacher’s Union (GHTU), suit de très près l’actualité de l’éducation dans l’île, qu’il passe ici en revue. Il donne son avis sur ce secteur qui est actuellement sous les feux des projecteurs.

Pour certains, la décision du ministère de l’Éducation d’exiger l’obtention de 5 credits pour passer en lower VI pénalise les élèves. Que diriez-vous de cette façon de penser après la proclamation cette semaine des résultats du School Certificate ?

 

Les résultats ont donné ce qu’il faut : il y aura quelque 5 500 élèves (avec les 5 credits) qui pourront aspirer à entamer des études au niveau du HSC à partir de cette année. Cela dit, il faut aussi tenir compte le fait qu’il n’y a pas plus de 153 prodiges qui ont obtenu six unités lors de ces examens. C’est logique. Plus on monte en grade, plus la compétition est rude. Donc dès le départ il faut que les élèves, enseignants et surtout les parents soient motivés pour qu’ils réussissent un meilleur score aux examens. Depuis la décision politique de baisser le niveau à 3 credits, il semble que les élèves ont baissé les bras et maintenant avec l’entrée en vigueur de 5 credits, l’on se rend compte de la nécessité de plus de compétition et de plus de rigueur. Si pour certains le système pénalise certaines catégories d’élèves, je pense qu’il ne faut pas se lamenter car le système permet un deuxième essai, à défaut de trouver d’autres voies pour entrer dans le circuit de l’emploi. Dans tous les pays du monde, il existe une dose de compétition. Et si l’on veut émuler Singapour comme modèle de développement, il faut s’attaquer en tout premier lieu à l’éducation et de s’assurer qu’il y a une éducation haut de gamme et d’excellence qui puisse tirer le pays vers le haut.

 

À peine une semaine de la grande rentrée scolaire 2020 que déjà plusieurs incidents sont venus entachés cette reprise : des transferts d’enseignants qui agacent les parents, un parent d’élève qui a agressé un enseignant au primaire, deux collégiennes qui ont fait l’école buissonnière, sans oublier ces collèges menacés de fermetures… Comment analysez-vous cette situation ?

 

Il ne faut pas faire l’amalgame avec tous ces facteurs. À chaque rentrée scolaire, il y a des problèmes qui surgissent. Pour les transferts des enseignants, dans 90 % des cas il n’y a pas de problèmes. Certes, il y a des transferts que l’on peut qualifier de punitifs mais il y a toujours des solutions. Les parents qui sont mécontents avec les transferts ne doivent pas se mêler de cet exercice car ce sont les autorités en collaboration avec les syndicats d’enseignants qui décident.

 

Quant à la sécurité des enseignants avec l’entrée facile des parents dans l’enceinte des écoles, il faut que les autorités repensent aux moyens sécuritaires des enseignants. Sinon, ce sera la loi de la jungle.

 

Quant aux filles qui ont fugué, je demanderai aux parents d’exercer un contrôle sur les allées et venues de leurs progénitures car on ne peut tout mettre sur le dos de l’école.

 

Et sur le dernier point concernant la possible fermeture de certains collèges, je dirai qu’il faut que ces collèges appliquent une discipline de fer et innovent. Car c’est en se modernisant que ces institutions pourront survivre. Il y a certains collèges privés qui font très bien, même s’ils ne sont pas fréquentés par l’élite. Alors, les autres collèges doivent leur emboîter le pas. Cela ne sert strictement à rien de crier sur tous les toits que certains collèges fermeront leurs portes sous peu. Il faut que ces collèges fassent un audit de leurs performances et mettent en place des moyens pour améliorer la qualité de l’éducation qu’ils offrent.

 

Dans une récente analyse vous dites noter «un certain fléchissement» dans le niveau de l’éducation car «dans beaucoup de matières on remarque une certaine absence de compétitivité». Comment êtes-vous arrivé à ce constat ?

 

On a noté lors des dernières corrections au niveau du PSAC, certaines faiblesses de la part des élèves. Cela concerne notamment la rédaction dans les différentes langues. On a noté beaucoup de manquements et cela démontre un manque de motivation et de compétition.

Et que faut-il faire pour renverser cette tendance ?

 

Il n’y a pas une solution unique pour tous les problèmes. Un élève peut être très bon en maths et n’a peut-être pas le même niveau en langues ou vice-versa. Cela dit, il appartient à l’enseignant de s’assurer du suivi de chaque enfant et d’essayer de le soutenir pour lui donner plus de confiance et le motiver à faire de son mieux. Il ne faut surtout pas oublier le rôle primordial des parents afin de veiller à ce que leurs progénitures aillent dans la bonne direction. Il ne faut pas tout mettre sur le dos de l’école…

 

Le taux de réussite au niveau du PSAC est passé de 73,86 % à 77,26 %. C’est bon signe, n’est-ce pas ?

 

C’est peut-être l’un des effets positifs de l’entrée en vigueur du 9-Year Schooling. Cependant il ne faut pas oublier qu’il y a 23 % des élèves qui sont sur le carreau. Que faire pour eux ? Pour ces enfants considérés comme des «dropouts» je pense qu’il faut créer une école de métiers et d’arts pour qu’ils puissent se réinventer et exploiter leurs talents.

 

Quels devraient être, selon vous, les grands enjeux du système éducatif local pour cette année ?

 

Ce sont les examens nationaux au niveau de la forme III (grade 9) en cette fin d’année qui auront un impact considérable sur le monde éducatif. Ces examens détermineront de manière scientifique les capacités intellectuelles de chaque enfant et les filières où il pourra mieux s’adapter et se développer. Ainsi, outre la filière académique, il y a les secteurs vocationnel, technique ou encore mécanique… où les élèves pourront se retrouver. Il ne suffit pas uniquement de penser à un emploi dans la fonction publique avec une éducation académique. Il est temps de se débarrasser de cette «civil service mentality» afin d’être plus créatif, innovateur et pourquoi pas inventeur. Les métiers avec une base scientifique pourraient être cette plateforme permettant au génie mauricien de se manifeste…

 


 

Bio express

 

Suttyhudeo Tengur, président de l’Association for the Protection of the Environment and Consumers, est aussi actif dans le domaine de l’éducation. Il a notamment travaillé dans les établissements comme Hugh Otter Barry Government School, Dr O. Beaugard Government School et Reverend Edward Walter Government School. Également actif dans le domaine de la coopérative, il est actuellement président de la Government Hindi Teachers’ Union et de la Vani Printing Cooperative Society Ltd. Il occupe la position de secrétaire à la Primary School Teachers’ Cooperative Credit Union et à la Camp Thorel Multipurpose Cooperative Sty Ltd. Marié et père de deux filles, il est le Chairman du Cooperative Development Council et le rédacteur en chef  du mensuel Akrosh, un journal en Hindi. Le syndicaliste a aussi participé à plusieurs conférences internationales, dont les quatre dernières World Hindi Conventions.