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Par Cloé L'Aimable
22 novembre 2025 17:08
Peut-être avez-vous remarqué, ces derniers jours, que de plus en plus d’hommes arborent fièrement une moustache. Un simple effet de mode ? Pas du tout. Chaque année, le Movember, un mouvement mondial qui a lieu chaque année en novembre, remet au centre des discussions un sujet encore trop souvent passé sous silence : la santé masculine. Cette campagne invite à briser les tabous, à encourager la prévention, à promouvoir le dépistage précoce et, surtout, à ouvrir le dialogue autour du bien-être des hommes. Cancer de la prostate, cancer des testicules, mais aussi santé mentale sont autant de réalités qui méritent d’être comprises, détectées tôt et prises au sérieux. Le Dr Jean-François Biset, chirurgien urologue à Life Medical Clinic, nous aide à mieux saisir les enjeux derrière le Movember et nous rappelle pourquoi ce mois de mobilisation est essentiel.
Qu’est-ce que le Movember ?
Movember, ce n’est pas seulement une moustache qui pousse au fil des jours : c’est un moyen simple de faire parler de sujets qui, trop souvent, restent tus. Au cœur de cet événement mondial, l’objectif est clair : sensibiliser aux problèmes de santé masculins et rappeler que se faire dépister peut sauver des vies. Les enjeux sont majeurs. Le cancer de la prostate et le cancer du testicule – les plus courants chez l’homme – touchent aujourd’hui 1,5 million de personnes dans le monde.
À cela s’ajoutent les troubles psychiatriques, encore trop stigmatisés, alors qu’ils impactent profondément la santé et la qualité de vie. Le rituel de Movember commence par un geste simple :le 1er novembre, lors du «Shave Down», les hommes se rasent entièrement moustache et barbe. Puis, tout au long du mois, ils laissent pousser leur moustache.
À partir de quel âge un homme devrait-il se faire dépister ?
La réponse n’est pas si simple, car le dépistage du cancer de la prostate, par exemple, n’est pas systématique. Comme l’explique le Dr Biset Jean-François, aucune société savante en urologie ou en cancérologie ne recommande aujourd’hui un dépistage automatique pour tous les hommes. En revanche, il insiste sur l’importance d’une décision éclairée, prise après discussion avec un médecin et en tenant compte du risque individuel.
Pour les hommes ayant un antécédent familial de cancer de la prostate ou ceux d’ascendance d’Afrique subsaharienne, un premier dépistage est conseillé entre 45 et 50 ans. Lorsque plusieurs membres de la famille ont été touchés, il peut même être judicieux de commencer avant 45 ans. Pour les autres, c’est-à-dire en l’absence de facteur de risque particulier, un premier dépistage est recommandé autour de 50 ans.
Et comment dépiste-t-on un cancer de la prostate ?
«Un dépistage bien fait doit comporter un dosage sanguin de PSA, une échographie de la prostate et un examen réalisé par un urologue. C’est la combinaison de ces trois éléments qui permet d’évaluer le risque individuel d’un patient», explique le Dr Biset Jean-François. Mais qu’est-ce que le PSA, au juste ? C'est une protéine produite par la prostate, dont le taux peut être mesuré grâce à une simple prise de sang. Lorsqu’il augmente, cela peut être le signe d’une anomalie prostatique, qu’il s’agisse d’une inflammation, d’une infection ou d’un cancer.
C’est aujourd’hui l’un des meilleurs tests sanguins disponibles en cancérologie pour orienter un diagnostic. Plus le taux est élevé, plus la vigilance doit être accrue, même si des faux positifs peuvent survenir, notamment en cas d’infection de la prostate.
**Les symptômes à ne pas ignorer **
Certains signes doivent alerter, même s’ils ne sont pas toujours faciles à reconnaître. Pour la prostate, des troubles urinaires inhabituels, comme une difficulté à uriner, un jet faible ou trop fréquent, ou encore la présence de sang dans les urines, peuvent être des indicateurs d’un problème. Toutefois, ces symptômes apparaissent souvent à un stade tardif de la maladie, ce qui rappelle l’importance du dépistage précoce. Le cancer du testicule, lui, concerne principalement les hommes jeunes, entre 15 et 40 ans. Dans ce cas, l’une des meilleures armes reste l’autopalpation régulière.
En prenant l’habitude de vérifier ses testicules, sous la douche, par exemple, il est possible de détecter rapidement une boule, une masse inhabituelle, une sensibilité anormale ou tout changement de taille ou de consistance.
Le moindre doute doit mener à une consultation chez un urologue. Écouter son corps, prêter attention aux petits changements et ne pas hésiter à demander un avis médical, ce sont des gestes simples qui peuvent réellement sauver des vies.
Peut-on prévenir ces cancers masculins, docteur ?
«En matière de prévention, tous les cancers ne répondent pas de la même façon aux habitudes de vie», avance l’urologue. Pour le cancer du testicule, il n’existe pas de régime ni de mesure particulière capable d’empêcher son apparition. La bonne nouvelle, c’est qu’il s’agit d’un cancer rare et dont le taux de guérison dépasse 98 % lorsqu’il est détecté tôt. L’essentiel reste donc l’autosurveillance, l’écoute de son corps et la consultation rapide en cas d’anomalie.
Pour le cancer de la prostate, certains comportements peuvent toutefois influencer le risque. Les études montrent que les régimes riches en graisses animales brûlées, comme les viandes trop grillées, augmentent les risques. À l’inverse, une alimentation riche en lycopènes (présents dans les aliments rouges comme la tomate, la pastèque ou le pamplemousse) et en phytoestrogènes (comme le soja) offrirait une légère protection. L’obésité, quant à elle, est reconnue comme un facteur de risque de formes plus agressives de cancers de la prostate.
Briser les tabous
Il est essentiel d’encourager les hommes à parler, à poser des questions, à consulter. Le dépistage du cancer de la prostate est simple, rapide, et dans la majorité des cas, il rassure. Les cancers de la prostate qui deviennent mortels sont presque toujours ceux découverts trop tard, lorsque les symptômes sont déjà présents et que les traitements ne peuvent plus que ralentir la maladie, sans la guérir. Un dépistage réalisé à temps change tout : il permet d’identifier les formes précoces, celles que l’on peut traiter efficacement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En Europe, environ 5 % des hommes atteints d’un cancer de la prostate en meurent.
À Maurice, ce taux grimpe à près de 50 %, principalement parce que trop d’hommes consultent lorsque la maladie est déjà avancée.C’est pourquoi il est important de briser le silence, d’oser en parler à son médecin, à son entourage, et de comprendre que se faire dépister n’est pas un signe de faiblesse, mais un acte de courage. Un geste simple, qui peut réellement sauver des vies.
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