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Pour une éducation à la paix

27 février 2025

L’acteur de la société civile, amoureux de son île et de son histoire, nous parle d’un engagement important, essentiel pour un mieux-vivre ensemble (et avec soi !).

Bercée par l’euphorie d’une victoire électorale sans appel, portée par l’espoir de meilleurs lendemains et boostée par deux bonis de fin d’année, la population a accueilli l’an nouveau sur les chapeaux de roues. Elle avait hâte de balayer 2024 avec son lot d’inepties sur lesquelles elle avait mis une croix le 10 novembre dernier. Les pétarades se sont tues et les festivités sont finies. Plus vite que prévu, la dure réalité a repris du poil de la bête et elle n’y va pas de main morte ! Des scènes de violence de toutes sortes mettent les voiles sur la toile.

Ici, une voiture s’arrête au beau milieu du trafic. Son chauffeur se rue vers un autre véhicule, ouvre la portière et pilonne copieusement celui qui est au volant. L’empoignade, qui est d’une rare barbarie, se termine sur la chaussée, au mépris de l’embouteillage qu’il produit. Est-ce la rançon d’une démocratisation accrue aux véhicules motorisés ou est-ce plutôt un déficit au niveau du contrôle des émotions ?

Là-bas, nous voyons une rixe impliquant plusieurs personnes, incluant un bon nombre d’écoliers sur une gare d’autobus. À faire se retourner dans leurs tombes ceux qui ont lutté pour la démocratisation de l’éducation à Maurice, à commencer par le révérend Jean Lebrun en passant par Remy Ollier, Sookdeo Bissoondoyal, sir Seewoosagur Ramgoolam et autres ! Est-ce pour cela que des milliers de jeunes étudiants grévistes ont été malmenés par les forces de l’ordre pour avoir protesté contre une éducation inégalitaire ; ce qui a, par la suite, mené vers la gratuité de l’instruction scolaire secondaire ?

Cette barbarie qui déborde de plus en plus sur nos routes est non seulement d’une laideur qui contraste singulièrement avec la légendaire beauté paradisiaque de Maurice, mais elle est à l’opposé de la réputation de gentillesse et de douceur dont jouit son peuple insulaire. Au-delà de tout, elle pose un problème de santé publique et de sécurité routière et génère la peur et le manque de confiance. Il est temps d’y mettre un frein !

Comment faire ? Le chantier est certes étendu, mais il serait souhaitable, peut-être, de commencer avec une éducation à la paix. En effet, voyez-vous, nous avons tendance à considérer que cette valeur fondatrice d’une société, qu’est la paix, nous tombera tout cuit du ciel alors que nous faisons la part belle à l’initiation voire la formation continue dans d’autres domaines tels que les jeux de sociétés, les domaines académiques, technologiques ou sportifs. Puis, lorsque nous héritons d’une société incongrue, nous semblons tomber des nues. Pourtant, nous sommes complices de cette situation par action et par omission !

Ce ne sont ni les feux d'artifices qui ont accueilli 2025, ni la rage électorale, encore moins les deux bonis de fin d’année qui nous prémuniront de ce mal éminemment avilissant qu’est la résolution des conflits par la barbarie. Parfois, la violence est même gratuite !

Une des manières d’éduquer à la paix c’est de célébrer, à leur juste mesure, les artisans de paix. Le mois de janvier a été riche en opportunités pour le faire. En effet, nous avons commémoré l’anniversaire de la mort des apôtres de la justice et de la non-violence que furent Rémy Ollier et Mahatma Gandhi les 26 et 30 du premier mois de l’année respectivement. Nous avons aussi célébré l’anniversaire de la naissance de Martin Luther King Jr le 15 janvier.

La vie des grands tribuns mérite de l’être ! Non seulement en signe de reconnaissance, mais elle est aussi une source d’inspiration inépuisable qui nous rappelle que si nous n’apprenons pas à vivre ensemble comme des frères, nous n’aurons pas d’autres choix que de mourir ensemble comme des idiots ; et ce n’est pas Martin Luther King qui nous contredira !

À bons entendeurs, salut !

**PAR ALAIN JEANNOT **

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