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Par Yvonne Stephen
22 février 2026 14:54
Un temps fort. De connexion et de reconnexion. Les journées changent de texture, les soirées se parent d’une douceur particulière, et au-delà des habitudes alimentaires bouleversées, c’est tout un paysage intérieur qui se transforme. Le ramadan n’est pas seulement un mois inscrit dans le calendrier religieux musulman ; il s’impose comme un moment suspendu, une halte spirituelle au cœur d’un monde qui ne s’arrête jamais, selon la psychologue, Dr Anjum Heera Durgahee.
Dans nos sociétés saturées de sollicitations, où les notifications rythment nos heures et où la performance dicte souvent notre valeur, cette période agit comme une parenthèse, poursuit-elle. Une invitation à se délester du superflu, à écouter ce qui murmure en soi, à redonner du sens à des gestes simples : boire un verre d’eau, partager un repas, tendre la main. Le jeûne, souvent perçu de l’extérieur comme une privation, devient alors un espace de recentrage.
Il ne s’agit pas uniquement de s’abstenir, mais de se reconnecter. Comme le souligne, la psychologue : «Chaque année, l’arrivée du ramadan apporte un profond changement de rythme. Les jours s’étirent, les nuits invitent à la réflexion, les cœurs s’apaisent. Si le ramadan est largement reconnu pour ses dimensions spirituelles et physiques, ses bienfaits psychologiques sont tout aussi puissants – et souvent négligés. En tant que psychologue, j’ai constaté que le ramadan offre une occasion rare et structurée de ressourcement émotionnel, de clarté mentale et de guérison intérieure.»
Le ramadan met à l’épreuve la patience, affine la maîtrise de soi, éclaire les zones d’ombre. Il renforce les liens familiaux, nourrit la gratitude et ouvre des espaces d’introspection que l’agitation quotidienne étouffe souvent. Un mois de foi, et aussi mois d’équilibre psychique, de reconstruction silencieuse et de résilience. La professionnelle vous explique comment…
Renforcer la régulation émotionnelle. «Jeûner de l’aube au coucher du soleil ne se limite pas à s’abstenir de nourriture et de boisson. C’est un exercice de maîtrise de soi : gérer ses impulsions, tolérer l’inconfort et répondre plutôt que réagir. D’un point de vue psychologique, cela renforce la régulation émotionnelle. Lorsque nous résistons à l’irritabilité malgré la faim, lorsque nous choisissons la patience plutôt que la colère, nous renforçons activement les fonctions exécutives du cerveau – en particulier celles liées à l’autodiscipline et à l’équilibre émotionnel. Avec le temps, cela améliore la résilience et la tolérance à la frustration. Le ramadan nous enseigne que nos émotions sont passagères, nos pulsions maîtrisables, et que nous avons un contrôle bien plus grand que nous ne le croyons.»
Une détox naturelle contre la surstimulation. «Dans le monde actuel, nous vivons sous une stimulation constante : écrans, notifications, bruit, pression. Le ramadan interrompt en douceur ce cycle. La réduction des distractions sociales, la pratique régulière d’un culte et des rituels de pleine conscience créent un espace mental. Ce ralentissement agit comme une détox psychologique. Il réduit la surcharge cognitive et permet au système nerveux de se rééquilibrer. Nombreux sont ceux qui se sentent plus légers mentalement, plus concentrés et moins anxieux pendant le ramadan. La routine structurée du jeûne, de la prière et du recueillement offre une prévisibilité que notre cerveau apprécie profondément. La structure réduit l’anxiété car elle diminue l’incertitude.»
Cultiver la gratitude et le sens. «Les recherches en psychologie montrent régulièrement que la gratitude améliore l’humeur, diminue les symptômes dépressifs et favorise le bien-être général. Le ramadan cultive naturellement la gratitude. La faim accroît la conscience des bienfaits. La rupture du jeûne devient un moment de reconnaissance. Les repas partagés renforcent les liens. Faire l’aumône favorise l’empathie. Lorsque les individus relient leurs sacrifices quotidiens à un but supérieur, ils font l’expérience de ce que les psychologues appellent la "construction de sens". Le sens est l’un des facteurs de protection les plus puissants contre la dépression. Il ancre la souffrance dans un récit spirituel plus vaste.» Renforcer les liens sociaux. «L’isolement est un facteur de risque majeur pour la santé mentale. Le ramadan y remédie grâce aux iftars partagés, aux prières communes et aux rituels collectifs. Que ce soit à la maison ou à la mosquée, les gens se sentent appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Ce sentiment d’appartenance réduit la solitude. La pratique spirituelle partagée augmente la production d’ocytocine, l’hormone de l’attachement, ce qui renforce la chaleur émotionnelle et la confiance. Même au sein des familles, le ramadan peut ouvrir la voie à des conversations qui n’ont généralement pas lieu pendant les mois chargés. Il invite à renouer les liens.»
Encourager l’introspection et la connaissance de soi. «Le ramadan invite à la muhasabah, la responsabilité envers soi-même. D’un point de vue thérapeutique, cela s’apparente à une introspection guidée. Ce mois est souvent l’occasion pour chacun d’évaluer ses habitudes, ses relations et ses schémas émotionnels. On se demande :
De quoi dois-je me libérer ?
Où ai-je été dur envers moi-même ?
Qu’est-ce qui a besoin d’être guéri ?
Cette introspection accroît la conscience de soi, pierre angulaire du développement psychologique. Pratiquée avec bienveillance, elle peut mener à une transformation profonde.»
Soutien spirituel et résilience émotionnelle. «Il a été démontré que la foi est un moyen efficace d’atténuer le stress. Se tourner vers la prière, la récitation de mantras et le recueillement spirituel éveille des sentiments d’espoir et de confiance. Confier ses soucis à une puissance supérieure peut alléger le poids du contrôle. Pour beaucoup, le ramadan devient un temps de libération émotionnelle : larmes pendant la prière, conversations intimes avec Dieu, pardon offert et recherché. Ces processus sont profondément thérapeutiques.»
Un rappel important. «Bien que le ramadan offre d’immenses bienfaits psychologiques, il est essentiel de reconnaître que les personnes souffrant de dépression, d’anxiété, de traumatismes ou de problèmes de santé peuvent rencontrer des difficultés pendant le jeûne. Les troubles de santé mentale ne sont pas un manque de foi. Si une personne se sent constamment submergée, épuisée au-delà de la fatigue normale liée au jeûne, ou en détresse émotionnelle, solliciter un soutien professionnel n’est pas contradictoire avec la spiritualité ; cela la complète. Le ramadan n’est pas une question de perfection, mais d’intention.
Un mois qui forge l’esprit. «Le ramadan cultive avant tout la patience, la gratitude, la discipline, l’empathie et la réflexion (autant de facteurs essentiels au bien-être mental. Dans un monde qui ne s’arrête que rarement, le ramadan offre une pause sacrée. Il nous rappelle que nous ne sommes pas de simples corps qui consomment, mais des esprits qui réfléchissent et des âmes qui s’épanouissent. Et peut-être, dans le calme de la faim diurne et la quiétude de la nuit…»
**Vous pouvez la contacter **
Membre de l’Allied Health Professionals Council of Mauritius (AHPC), Anjum Heera Durgahee est psychologue clinicienne. Elle offre des consultations privées à Curepipe. Vous pouvez la contacter au numéro suivant : 5794 1339.
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