Publicité
31 août 2015 16:12
Il y a de ces histoires – d’amour, en général – qui émeuvent. Qui touchent. Leur histoire à eux en fait partie. Lorsque Léticia et Jonathan se rencontrent pour la première fois en février 2011, aux championnats de France nationaux, à Bordeaux, c’est le coup de foudre… pour le sport d’abord. Léticia est alors coach d’athlétisme au club de Balma où s’entraîne Jonathan. Il lui faut trouver des «triple-sauteurs» de bon niveau dans le cadre du meeting national. «Jonathan était le meilleur dans le sud de la France», précise-t-elle. Il y a eu, par la suite, un premier échange par messages, puis un deuxième et plusieurs autres jusqu’à ce qu’ils se rapprochent. Depuis, ils ne se sont plus jamais quittés.
Cela fait un peu plus de quatre ans que Léticia, 35 ans, et Jonathan Drack, 26 ans, sont en couple. Et il y a deux ans, ils se sont dit oui, pour le meilleur et pour le sport. Le sport justement, c’est leur passion à tous les deux. Ce qui rend les choses plus faciles lorsque Jonathan doit quitter sa maison – il vit à 4 km du stade de Balma, dans la banlieue de Toulouse, avec Léticia et leur fille Abby, 18 mois – dans le cadre d’un meeting en France ou à l’étranger. «La séparation est assez difficile, mais avec Skype et Facebook, nous restons en contact le plus souvent possible. Et puis, nous savons que c’est pour vivre son rêve qu’il se déplace. Donc, il n’y a aucun souci», assure Léticia qui est employée administrative chez McDonald’s. Cependant, elle dit avoir «plus de stress» que Jonathan lorsque ce dernier est en action : «J’ai le cœur qui bat la chamade.»
Chez les Drack, le sport est une histoire de couple. La spécialité de Jonathan, c’est le triple saut, et Léticia est une ancienne athlète spécialisée dans l’heptathlon et le lancer de javelot. Mais attention ! Qui dit sport, dit aussi organisation pour ne pas négliger vie de famille et vie professionnelle. Du coup, au quotidien, tout est déjà planifié à l’avance et s’articule notamment autour de la petite Abby qui reste, elle, à la maison, avec la nounou. «Nous travaillons tous les deux en journée, mais à moins de 2 km de la maison. Ce qui nous permet de rentrer le midi pour déjeuner avec Abby», explique Léticia.
Lorsque nous lui demandons ses impressions suite à la performance de son mari lors des championnats du monde d’athlétisme à Pékin, elle lance tout de go : «Je suis très fière de lui. Il a su mettre en place, cette année, une façon de s’entraîner. Il s’est peu blessé et, du coup, a pu être compétitif. Il fait partie des meilleurs au monde. Et je suis d’autant plus fière qu’il travaille à plein temps (Ndlr : en tant qu’ingénieur électronique dans le domaine de l’aéronautique) en plus de sa passion pour l’athlétisme. C’est d’ailleurs le seul sportif présent à Pékin qui travaille et qui a terminé finaliste avec une belle 11e place.» La prochaine étape, poursuit Léticia, ce sont les Jeux olympiques (JO) de Rio en 2016 : «Le but ultime de tout sportif reste les JO. Jonathan a réalisé les minima IAAF pour Rio. J’aimerais, pour lui, qu’il passe officiellement la barre des 17 mètres plus régulièrement l’année prochaine. Je pense qu’une finale olympique ne serait pas utopique, voire même un Top 5.»
Objectif donc Rio. Jonathan écrira-t-il une nouvelle page de son histoire ? Celle avec Léticia, semble, en tout cas, toute tracée.
Jonathan Drack est la star nationale du moment sur le plan sportif. Mais que cachent ses kilos de muscles ? Léticia nous dit tout.
Son plat préféré.«Du poulet, cuisiné à toutes les sauces, mais aussi le saumon.»
Toute la musique qu’il aime…Elle ne vient pas que du blues. Le Mauricien se laisse aller à tous les styles, allant de l’éclectique pop au séga, en passant par le reggae.
Quand il fait son cinéma…C’est un vrai kari melanz à la mauricienne. Pour ce qui est des films, Jonathan a une préférence pour Hunger Games, Divergente, N’oublie jamais, la saga Fast and Furious et Transporteur.
Khemraj Naikoo a été parmi les premiers à côtoyer Jonathan Drack lors de ses débuts en athlétisme. Pour l’entraîneur mauricien, la performance du sauteur au championnat du monde d’athlétisme à Pékin, marque un tournant dans la carrière de ce dernier.
«Prendre la 11e place au championnat du monde est plus qu’encourageant. Il faut souligner que Jonathan Drack n’a fait que trois sauts et son meilleur résultat n’est que 16m64, alors qu’il a manqué son premier essai. Sur l’ensemble il y a du concret car cette année il est plus régulier sur 16m50 contrairement à 2014», explique Khemraj Naikoo.
Pour ce dernier, cette régularité sur 16 mètres confirme la montée en puissance du sauteur quatrebornais. Le technicien mauricien ira plus loin dans son analyse, en avançant que Jonathan Drack peut désormais se concentrer sur la prochaine étape qui est de devenir régulier sur les 17 mètres.
«Il a déjà la qualification olympique en main, donc il n’a plus aucune pression, ni de stress à gérer et peut désormais se consacrer plus sereinement à son prochain objectif. Il n’est pas donné à tout le monde de sauter au-delà des 17m. Seul un petit groupe peut le faire et si Jonathan arrive à être régulier sur cette distance il pourra aller chercher les huit premiers mondiaux. Il a juste besoin de s’améliorer techniquement et physiquement. Après la compétition j’ai pu lui parler et il était vraiment déçu de ce résultat. Toutefois, il garde le moral, car il sort gagnant de cet événement, et sait maintenant comment aborder les grandes compétitions», avance Khemraj Naikoo.
L’entraîneur mauricien est d’avis que cette performance offrira de nouvelles perspectives à Jonathan Drack avec des éventuelles participations à la Diamond League et à des Grand Prix.
Pour rappel, Khemraj Naikoo était le coach de Jonathan Drack lors de ses débuts en athlétisme. «Il a commencé l’athlétisme au collège et s’est illustré lors des Jeux Inter collèges. C’est son professeur d’éducation physique qui lui a conseillé de se mettre à l’athlétisme et un jour il est venu me voir au stade. Je me souviens qu’il n’était même pas licencié et c’est à partir de là qu’il s’est mis sérieusement au saut. C’est un garçon extrêmement doué que ce soit sur le plan académique que sportif», relate Khemraj Naikoo.
Linda Drack, la mère de Jonathan Drack, se souviendra longtemps encore de ce 27 août 2015. Ce jour-là, son fils Jonathan a côtoyé les plus grandes stars mondiales du triple saut lors en Chine.
Cette mère de trois enfants, dont Jonathan est le cadet, ne cache pas sa joie après la performance de son fils. «Je suis très fier de lui. Il était 20e mondial, mais, aujourd’hui, mon fils est 11e mondial. Il a réussi à atteindre la finale des Championnats du monde. Il voulait être parmi les 12 meilleurs, et il a réussi dans sa quête», lance une Linda Drack très heureuse.
La maman de Jonathan Drack pense que cette 11e place est le fruit des efforts consentis par son fils, durant toutes ces années. «C’est un moment assez stressant que nous avons vécu. Mais aussi une belle surprise pour moi, car pour pouvoir en arriver là, il a dû faire beaucoup de sacrifices. Je me rappelle qu’en 2013, nous étions partis en France pour voir où il s’entraînait, et je dois dire que j’ai été impressionnée par le travail intense qu’il doit fournir», se rappelle-t-elle.
Cette dernière a, d’ailleurs, une pensé spéciale pour Dominique Hernandez, l’entraîneur de Jonathan Drack, à Toulouse, et aussi envers l’Association mauricienne d’Athlétisme. Cette mère de famille nous dira qu’elle ne remerciera jamais assez ceux qui ont aidé son fils à arriver là où il est. Cependant, elle aurait aimé que son fils bénéfice d’un meilleur encadrement par rapport aux athlètes professionnels.
«Je pense qu’il a besoin d’un entraîneur personnel à plein temps. Jonathan n’est pas un sportif professionnel, comme ses concurrents. Il travaille comme ingénieur dans l’aérospatiale à l’Erems et ce n’est qu’après les heures de travail qu’il part s’entraîner. Je lui ai parlé après la compétition et il m’a expliqué que pour ses adversaires, le sport c’est leur métier alors que lui, il gagne sa vie en travaillant», confie Linda Drack. Après la performance de son fils aux championnats du monde, cette dernière espère bien voir ce dernier aller encore plus loin dans sa carrière.
Textes : Francesca Sookahet et Qadeer Hoybun
Publicité